« Le moi n’est pas maître dans sa propre maison »

                  Freud, Introduction à la psychanalyse.

 

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« Le moi n’est pas maître dans sa propre maison » est une citation de Freud. Il met en doute dans cette phrase le pouvoir du moi (la conscience). A ses yeux, le psychisme humain n’est pas tout conscient. La conscience n’aurait pas une emprise totale sur l’ensemble de son psychisme. Philosophiquement, Freud réalisera une rupture totale avec la conception classique du psychisme humain. Avant lui, des grands philosophes tels que Descartes, Kant, Locke, avaient défini l’homme par la conscience (et la pensée). Ils proposeront un Moi (ou un Je) capable de penser, de se connaître, de se maîtriser (Cf. le cogito cartésien). Ainsi, selon cette conception idéaliste de l’homme, ce dernier serait une  pure conscience.

C’est cette conception dominante de son temps que Freud espère balayer avec cette citation. Il propose une nouvelle conception, une conception radicalement critique à celle classique, c’est sa nouvelle théorie du psychisme humain. Dans cette nouvelle théorie qu’il pense être le troisième démenti affligé à la « mégalomanie humaine », il théorise l’idée d’un psychisme structurellement double (voire triple : le Moi, le Ca et le Surmoi) comportant une partie consciente (la conscience ou le Moi) et une partie inconsciente (l’inconscient ou le Ca). Ainsi, selon Freud, il ne s’agit plus d’un inconscient signifiant un défaut de conscience, mais un inconscient (substantivé) et substantiellement distinct de la conscience qui loge au cœur du système psychique de l’homme. De plus, l’inconscient freudien échappe à la conscience par le processus du refoulement. Les pulsions, les libidos, les désirs inconscients sont essentiellement refoulés et ne parviennent pas à se montrer à la conscience.

De ce fait, le moi n’est conscient qu’une toute petite partie de son psychisme et non pas de sa totalité. Il se contente de quelques « renseignements fragmentaires » et des données incomplètes. Une grande partie de son monde psychique lui est étrangère : il est incapable de dompter sa vie sexuelle (les pulsions libidinales), de prendre pleinement et entièrement conscience de ses processus psychiques (les rêves, les actes manqués, les névroses…), Par l’analyse psychanalytique, Freud rêve donc d’« instruire », comme il le dit, le moi pour lui apprendre qu’une partie énorme de son psychisme est étrangère à sa connaissance, à sa maitrise et à son emprise. Il rêve de permettre au moi de réaliser une vraie immersion dans sa profondeur afin de se réconcilier avec son monde intérieur.