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           LE TRAVAIL

 

Le travail  est un effort physique (et mental) ayant pour but de produire un résultat. Le résultat de notre travail peut-être soit un résultat matériel et consommable (un bien matériel), soit un service. Le travail est donc une activité productrice. Son étymologie « tripaluim », un instrument de torture, connote une signification négative du travail. En effet, le travail est une activité associée à la pénibilité et à la souffrance. Mais pourquoi l’homme travaille-t-il malgré la peine et la souffrance? Qu’est-ce qui fait la particularité du travail humain ? Le travail est-il un facteur d’humanisation pour l’homme ? Le travail moderne aliène-t-il l’homme ?

I. Le travail, la transformation de la nature

Tous les êtres vivants ont ce qu’on appelle des besoins vitaux. Ces besoins vitaux sont communs à tous les êtres vivants : les animaux, les hommes et les végétaux. Les vivants  ont ainsi besoin de nourriture pour se développer et pour continuer à vivre. En plus de leur besoin en sommeil et leur besoin de reproduction, la nourriture et l’eau sont les besoins les plus vitaux pour tous êtres vivants. Ces besoins qui sont nécessaires pour la vie de l’homme sont disponibles dans son milieu de vie : l’homme peut trouver de quoi manger et de quoi boire dans son milieu. Mais ce n’est pas toujours en quantité suffisante. Pour satisfaire réellement leur besoin, les hommes doivent nécessairement travailler. Travailler est donc  nécessaire pour les hommes. C’est pourquoi on considère le travail comme une contrainte vitale.

Mais, contrairement aux animaux et aux végétaux qui sont généralement bien adaptés à leur milieu de vie, les hommes, quant à eux, sont moins adaptés à leur milieu. Le corps de l’homme est beaucoup plus fragile par rapport au corps animal. Sur le plan physique, il n’est pas naturellement bien équipé pour vivre en harmonie dans son environnement. Il a un corps physiquement fragile par rapport au corps animal qui est naturellement bien équipé. Les animaux, par exemple, ont des pattes dures (couvertes de sabot) qui leur permettent de se déplacer facilement sur les pierres, les épines, etc. Alors que le pied de l’homme ne peut pas sans chaussure, sans protection artificielle, marcher. De la même manière, l’homme est moins résistant au froid : l’animal dispose d’une peau couverte de poils, et il est donc moins sensible au froid comparé à l’homme. Ainsi, les hommes travaillent plus que les animaux pour adapter leur milieu de vie à leur existence ; ils transforment leur nature extérieure pour l’adapter à leur vie. En effet, ils doivent travailler beaucoup pour pouvoir subvenir à leurs multiples et nombreux besoins.

De plus, l’homme est par essence un être de désir (Spinoza). Ce n’est pas seulement un être de besoin comme les animaux, il est aussi un être de désir. Les hommes désirent des choses qui ne sont pas véritablement nécessaires pour leur survie. Certains de leurs désirs sont particulièrement très artificiels. Par exemple, il arrive que certains désirent de porter une montre en or, d’habiter dans une très grande maison (villa). On dépense aussi sans compter pour acheter la dernière marque d téléphone, de voiture ; on gaspille des millions de dollars pour acheter un tableau d’art, et d’autres objets qui ne sont  pas vraiment fondamentales pour la vie de l’homme. De ce fait, l’homme ne travaille pas seulement pour ses besoins, il travaille aussi pour ses désirs les plus artificiels. Pour avoir les moyens nécessaires pour la satisfaction de leurs désirs, ils travaillent davantage, cumulent les heures supplémentaires.

II. Le travail, la transformation de l’homme

Le travail de l’homme ne réalise pas uniquement une transformation extérieure de la nature. La transformation extérieure de la nature s’accompagne aussi d’une transformation intérieure. Par le travail, l’homme modifie aussi son état intérieur. Il développe parallèlement ses qualités humains encore virtuelles dans son être. En évidence, l’animal aussi accomplit des activités, des opérations. Par exemple, l’abeille produit et confectionne ingénieusement le miel ; l’oiseau construit méticuleusement un nid pour ses petits ; l’araignée tisse extraordinairement sa toile, etc. On voit bien que l’animal aussi travaille et produit. Mais l’animal travaille-t-il pour autant ? C’est non pour Karl Marx. Pour l’auteur du Capital,  l’animal ne travaille pas vraiment, seul l’homme travaille réellement. Car le travail humain (l’architecte, le tisserand) est pensé et s’appuie sur une technique intelligente, acquise et fabricatrice (Bergson). L’animal ne pense pas son travail et ne dispose pas d’un savoir-faire réel pour réaliser son produit. C’est pourquoi son activité ne se développe pas, que son produit ne varie pas et ne dépasse guère son besoin immédiat et spontané.

Ainsi, l’homme est le seul être technique qui pense son travail, qui améliore son savoir-faire, qui perfectionne et développe son produit. Par conséquent, le travail perfectionne l’humanité de l’homme en développant ses qualités humaines : son intelligence, son imagination, sa technique. Par le travail, l’homme acquiert son humanité, c’est pourquoi Marx considère le travail comme une activité propre à l’homme. Car, c’est par sa médiation, que l’homme se libère de son animalité (Bataille) et aussi de son dépendance à la nature (extérieure) en devenant « maître et possesseur » de la nature (Descartes), mais aussi vis-à-vis d’autrui (Hegel).

Comme les besoins de l’homme sont très vastes, l’homme, en travaillant tout seul, dans son coin, se rend compte qu’il ne peut pas, à lui seul, répondre suffisamment à tous ses besoins. S’il est un bon chasseur, il serait peut-être capable de chasser par jour plusieurs animaux et avoir chez lui de la viande en abondance. Mais il ne veut pas toujours manger la même viande matin, midi et soir. Il a besoin aussi de légumes. Il a besoin aussi d’autres choses (vêtements, chaussures, soins, etc.). Pour avoir ce qu’il ne peut pas avoir par lui-même, il se retrouve dans l’obligation de le chercher chez son voisin, chez les autres hommes. Pour avoir ce que l’autre a, il doit lui proposer ce qu’il a et que l’autre manque. Et ainsi chacun est satisfait : car chacun reçoit de l’autre ce qui lui manque en échange de ce qu’il a (en excès). Ainsi pour pouvoir subvenir à tous leurs besoins, les hommes se voient obliger de collaborer avec les autres hommes et de se lier avec eux pour échanger les résultats de leurs différentes activités. Ils s’organisent et divisent les activités entre eux (Adam Smith). Le travail socialise donc les hommes, les porte à se lier, à échanger, à se rapprocher. Par le travail, l’homme parvient aussi à maîtriser ses passions et ses désirs en intégrant une société avec son organisation, ses lois, ses codes, etc. Il se socialise et au même moment se moralise.

Par ailleurs, l’homme s’épanouit dans son travail. Il est vrai que beaucoup de travailleurs n’aiment pas leurs métiers. Il est vrai aussi que beaucoup ne se sentent pas heureux dans leurs métiers, ils travaillent pour le salaire, pour survivre, pour les avantages matériels liés à leur métier (salaire, prime, et autres avantages). Néanmoins, il est possible de vivre heureux avec son travail. Il est possible de se passionner pour son métier. Le travail nous permet d’être fiers de nous, de notre contribution à notre société. Le travailleur est satisfait, car il est reconnu par sa société (son talent, sa compétence, sa contribution). Nietzsche dira, en ce sens, que les métiers artistiques sont les métiers les plus joyeux. L’artiste fait un travail qu’il aime, qui le passionne, qui le divertit. Même si on ne gagne pas souvent bien sa vie avec ce métier, on gagne du plaisir, de la liberté, « le gain des gains ». Nietzsche appelle ce type de travail le travail-joie (travail-plaisir). C’est un travail joyeux, agréable, passionnant.

III. Travail moderne et aliénation de l’homme

Avant la modernité, les hommes travaillaient et échangeaient librement : ils produisaient artisanalement ce qu’ils voulaient et puis échangeaient entre eux (le système de troc). Puis la modernité arrive. La production se modernise, s’industrialise. Et ce travail moderne aliène le travailleur (Karl Marx). Le travailleur est étranger à son produit ; il ne se reconnaît point dans ce nouveau travail; son produit ne lui appartient plus, sa production n’est plus libre. Il travaille pour un patron qui l’exploite et qui s’accapare de sa production. Il est l’esclave de son patron. Il vend sa force, son muscle à son patron. Il devient une marchandise. Exploité, sous-payé, surchargé, spécialisé, l’ouvrier déprime. Il est malheureux. De ce fait, le système capitaliste aliène, déshumanise, détruit, chosifie et tue l’homme. Ce système désolidarise la société, classe les hommes, favorise et enrichit un groupe, défavorise et appauvrit un autre groupe. C’est un système économiquement et socialement inégalitaire et injuste.

De plus le développement technique qui résulte du travail humain inquiète de plus en plus les hommes. Le développement et le progrès techniques de l’homme semblent menacer jour après jour l’existence humaine. Le travail dévisage le monde humain qui prend de plus en plus, avec la machine, le machinisme, le visage d’un monstre. La modernité, le machinisme semblent déshumaniser l’homme et le monde humain que l’homme avait produit avec son travail par la transformation de son monde naturel. En produisant des armes de destruction massives d’une effroyable dangerosité, en manipulant la génétique et la biologie artificiellement, etc., l’homme joue-t-il inconsciemment (ou même consciemment) avec le feu ?

La fin du travail est-elle la destruction de soi ? La punition du péché originel vise-t-elle à nous conduire à l’autodestruction ? Le travail n’est-il que le premier stade du châtiment ? Une chaine de châtiments dont la mort et l’enfer seraient les étapes prochaines. Le Coran nous prédit que la fin du monde sera sifflée par les anges du temps. Mais l’homme ne risque-t-il pas de siffler lui-même sa propre fin avant les anges ? Ne sommes-nous pas en train de signer par nos propres mains humaines la fin de notre existence ? Le développement exponentiel de la technique (la technologie) n’annonce-t-elle pas la fin prochaine de l’humanité ? Comment concilier technique, science, progrès, morale et éthique ? Voila la question apparemment épineuse que l’humanité doit solutionner dans le futur sous peine de disparition.