EXPLICATION D'UNE CITATION PHILOSOPHIQUE         

 

 

                        

                                             PASCAL, les pensées

 

Dans cette citation extraite de ses pensées, Pascal montre que dans la recherche de la vérité (connaissance), l’homme doit se méfier de deux folies : la première folie est celle qui consiste à « exclure la raison » de sa vérité. La seconde étant celle consistant à « n’admettre que la raison ». Le but, pourrait-on dire, de Pascal est donc ici de vouloir protéger l’homme contre ces deux extrêmes. Ici, il cherche à concilier raison (science) et croyance (foi, religion), deux domaines qu’il fréquente simultanément en tant que chrétien (la foi) et en tant scientifique (la raison).

Qui est concerné par la première folie ? On pourrait deviner que la première partie de cette citation pascalienne s’adresse à la croyance, et particulièrement à la croyance religieuse. Pour Pascal, la foi (la croyance religieuse) est liée au cœur. Il est possible, selon lui, de connaître certaines vérités par l’intuition ou par le « cœur » pour parler comme l’auteur de notre citation (Pascal). Il soutient qu’il existe deux ordres de vérités : des vérités accessibles à la raison et d’autres accessibles qu’au cœur. Les vérités (intuitives, immédiates) du cœur ne peuvent pas être saisies par la raison et sont donc indépendantes de notre faculté rationnelle. Font partie de ces vérités que seul le cœur peut connaître les premiers principes (temps, espace, nombres, etc.), Dieu, etc.

En effet, là où notre raison ne nous est plus utile pour connaitre la vérité, nous n’avons pas d’autres choix que de donner notre confiance à des croyances (des idées, des affirmations, des propositions) sans disposer pour autant des preuves rationnelles (scientifiques). Il est donc naturel de croire à des idées tenues pour vraies quand la raison ne peut rien prouver sur nos croyances. Mais faut-il croire à toute croyance ? Certainement pas pour Pascal. Toutes les croyances ne sont pas souhaitables. Il y a des croyances dangereuses pour l’individu et pour son groupe. C’est sur ces croyances irrationnelles et dangereuses que Pascal nous met en garde en partie ici. Croire aveuglement à toute croyance, y compris à des superstitions aveugles, à des idéologies extrémistes, serait dangereux. Ainsi, même si notre raison n’est pas capable d’affirmer ou d’infirmer nos croyances, momentanément ou définitivement, elle doit tout de même être toujours consultée pour savoir si nos croyances sont raisonnables ou pas. Pour Pascal, l’homme doit être toujours guidé par sa raison. Il ne doit jamais exclure définitivement sa raison y compris en matière de sa foi religieuse. En ce sens, il n’hésitera pas à qualifier d’ « absurde et de ridicule » toute croyance religieuse qui choquerait « les principes de la raison » humaine.

La deuxième partie de notre citation nous met en garde contre une autre forme de folies. C’est ce qu’on pourrait appeler le « scientifisme » ou le « rationalisme » excessifs. Ce sont d’une manière ou d’une autre d’autres formes de croyances. Croire qu’on pourrait tout connaître par la raison ou que la science est capable de tout expliquer et de tout saisir sont aussi des attitudes inadmissibles pour Pascal. Or, comme nous l’avons rappelé plus haut, Pascal pense qu’on ne peut pas tout connaître par la raison. Il pense que la raison humaine est limitée et que certaines vérités surnaturelles (Dieu…) et quantité d’autres vérités naturelles sont extérieures à la connaissance rationnelle.  

De ce fait, prétendre tout connaître par la raison est une croyance aussi dangereuse que celle écartée plus haut ; Il serait absurde d’adhérer à des croyances sans le soutient de la raison. La raison, comme la science dont elle est la locomotive, doit reconnaitre sa limite et sa faiblesse. Elle ne peut pas tout connaître. Il y a certes des vérités que nous connaissons par la raison : la science a découvert nombre de vérités scientifiques (et par la raison). Et probablement, elle connaitra quantité d’autres vérités encore inconnues dans l’avenir. Notre ignorance recule avec le temps et avec la progression de la connaissance scientifique, et c’est une bonne chose. Mais cela ne signifie en aucun cas que la science sera un jour capable de tout expliquer et de tout connaître et que l’homme parviendra, par sa raison, de tout prouver. Pascal veut donc ainsi dire aux pyrrhoniens (les sceptiques qui doutent radicalement de toute connaissance et suspendent la possibilité de toute vérité) et aux adeptes du scienticisme (ceux qui pensent que la science peut tout connaître par la raison) que la raison humaine est limitée et qu’on ne peut pas donc tout soumettre à la raison (la foi, les premiers principes, Dieu, etc.). La raison est grande quand elle reconnait sa faiblesse et qu’elle accepte à la religion ce qui fait sa beauté et sa richesse, à savoir son caractère « mystérieux et surnaturel ».

Pour conclure, on dira que ces deux folies feront (ou font même déjà) ravages si elles ne sont pas modérées comme nous le préconise ici Pascal. Ce sont deux folies dangereuses et pour l’individu et pour la société et pour l’humanité toute entière. On voit déjà aujourd’hui le ravage que cause partout dans le monde l’extrémisme religieux (terrorisme), idéologique (le communisme, le racisme), scientifique (Cf. OMG….), etc. D’où l’importance à nos jours d’ouvrir grand les oreilles à cette sage parole modératrice de Pascal. Ce savant et croyant qui a su concilier dans son existence, sans doute avec quelques difficultés, foi et raison, religion et science, cœur et raison. Ce savant-croyant qui écoute son cœur mais qui se guide par la lumière de sa raison.